Quand la sécurité énergétique et la croissance économique entrent en tension, les priorités politiques changent vite. Les objectifs environnementaux reculent dès qu’ils deviennent incompatibles avec l’accès à une énergie abondante et avec la poursuite de la croissance.
Notre civilisation dépend de la puissance énergétique disponible, c’est-à-dire de notre capacité à fournir suffisamment d’énergie utile au rythme exigé par l’économie réelle. Un immense réservoir d’eau devient inutile si le débit et la pression sont insuffisants lorsque tout le monde ouvre le robinet en même temps.
Le pétrole reste aussi stratégique précisément parce qu’il fournit une puissance considérable tout en étant dense, stockable et transportable. Il fait fonctionner les camions, les avions, les mines, les fermes, les chantiers et une grande partie des chaînes d’approvisionnement mondiales.
La stratégie énergétique actuelle du Canada illustre cette réalité. Ottawa et l’Alberta ont conclu en juillet 2026 une entente visant explicitement la croissance de la production des sables bitumineux, l’expansion des exportations et le développement d’un nouvel oléoduc vers la côte Ouest pouvant transporter plus d’un million de barils par jour vers les marchés mondiaux, particulièrement asiatiques.
Cette orientation associe croissance de la production pétrolière, emplois, revenus publics et sécurité économique, tout en misant sur la capture et le stockage du carbone pour réduire les émissions. Le gouvernement fédéral présente d’ailleurs le développement simultané des énergies conventionnelles et propres comme un pilier de sa stratégie de puissance énergétique et de diversification commerciale.
Cette dynamique correspond au principe de puissance maximale : les systèmes tendent à capter et utiliser davantage d’énergie lorsqu’elle leur permet d’accroître leur capacité d’action. Notre économie suit cette logique depuis deux siècles en transformant chaque nouvelle source d’énergie en activités supplémentaires.
Le Québec suit lui aussi cette trajectoire. Hydro-Québec prévoyait déjà une forte croissance de la demande électrique provenant notamment des centres de données, de l’hydrogène vert, de la filière batterie, de l’électrification des transports et de nouveaux usages industriels.
Nous appelons cela une transition énergétique alors qu’il s’agit encore largement d’un empilement énergétique. Nous ajoutons de nouvelles capacités renouvelables pour alimenter de nouvelles activités pendant que les usages fossiles demeurent profondément intégrés au transport, à l’agriculture, à l’industrie et aux chaînes d’approvisionnement.
Le cœur du problème se trouve là : une économie orientée vers toujours plus de croissance transforme chaque nouvelle capacité énergétique en nouvelle consommation. L’écologie reste alors subordonnée à l’objectif économique dominant, jusqu’au moment où les limites biophysiques imposent elles-mêmes leurs contraintes.
Cette trajectoire finit par se mordre la queue. Plus nous mobilisons d’énergie et de matières pour soutenir la croissance, plus nous aggravons les dérèglements écologiques qui détruisent des infrastructures, perturbent les chaînes d’approvisionnement et augmentent les coûts économiques.
Chez Coboom, nous considérons que le développement économique du XXIe siècle doit changer de finalité. Il s’agit désormais de répondre durablement aux besoins essentiels avec des flux énergétiques et matériels plus contraints, en bâtissant des entreprises et des territoires moins dépendants et beaucoup plus robustes.
Continuer à traiter l’énergie comme un simple carburant de croissance nous enferme dans une course impossible à gagner. La robustesse commence lorsque nous utilisons l’énergie disponible pour préserver notre capacité à vivre, produire et décider dans les limites du monde physique.




