Le Canada ne prépare pas seulement sa défense. Il fait de la militarisation un pilier de sa stratégie économique. Aujourd’hui, il consacre environ 63 milliards de dollars par année à la défense, soit 2 % de son PIB. D’ici 2035, il veut porter cet effort à 5 %. Cet excès de dépenses peu productives siphonnera des ressources, des talents et des milliards qui ne seront plus disponibles pour le reste de l’économie.

Au même moment, le gouvernement canadien accélère l’approbation de grands projets conçus avec le logiciel économique du siècle dernier. On décide d’abord qu’ils doivent se réaliser. Ensuite, on verdit leurs impacts pour les rendre plus acceptables. Deux exemples illustrent cette logique.

Dans l’Ouest canadien, le premier ministre Mark Carney a annoncé un nouvel oléoduc pour transporter un pétrole présenté comme « décarboné ». Il fallait oser. Nos spécialistes du greenwashing l’ont fait!

Au Port de Montréal, d’importants travaux viennent d’être lancés à Contrecœur, de l’autre côté du fleuve, pour ajouter près de 60 % de capacité supplémentaire, alors que le trafic de conteneurs est 13 % sous son sommet d’il y a six ans. On construit pour une croissance qui n’est plus au rendez-vous, en espérant qu’elle reviendra.

Le problème n’est pas de défendre le Canada ni de reconstruire certaines capacités industrielles stratégiques. Le problème est de faire de la militarisation, dictée par un président américain complètement délirant, et de grands projets conçus pour une autre époque les principaux moteurs de notre économie. Ces choix révèlent une profonde incompréhension des tendances lourdes qui contraignent déjà notre économie depuis des décennies et qui la transformeront radicalement d’ici 2040.

Cette fuite en avant, célébrée par une grande partie des mondes politique, économique et médiatique, fera grossir péniblement le PIB et enrichira quelques entreprises, dont plusieurs sont sous contrôle étranger. Elle laissera toutefois à la majorité de la population, particulièrement à nos enfants et à nos petits-enfants, des dettes improductives, des actifs zombies, des ressources épuisées et des dommages écologiques durables.

Nous avons déjà franchi sept des neuf limites planétaires qui définissent l’espace de sécurité de l’humanité. Malgré cela, le gouvernement canadien choisit de stimuler la croissance en polluant davantage, en détruisant davantage et en refilant la facture aux prochaines générations.

Un projet militaire, pétrolier ou portuaire peut créer des emplois et faire croître le PIB tout en détruisant les conditions physiques dont dépend une grande partie de notre économie. La croissance de quelques bilans financiers ne compensera jamais la destruction des écosystèmes qui soutiennent notre prospérité.

C’est une fuite en avant financée par nos impôts. Le Canada peut faire beaucoup mieux. À défaut, espérons que le Québec, comme société distincte, saura montrer une autre voie.