Dans nos dernières publications, nous avons parlé de fondations économiques et socioécologiques qui se fragilisent. Un mécanisme rend cette dégradation encore plus dangereuse : notre capacité à nous y habituer jusqu’à la considérer comme normale.

Les sociologues parlent du syndrome de la ligne de base changeante. Chaque génération prend comme référence le monde qu’elle découvre en arrivant, tandis que les pertes accumulées avant sa naissance disparaissent progressivement de la mémoire collective.

Le rapport 2024 du WWF estime que les populations suivies de vertébrés sauvages ont décliné en moyenne de 73 % depuis 1970. En un peu plus d’un demi-siècle, l’abondance du vivant qui nous entourait s’est effondrée à une vitesse vertigineuse.

Cette catastrophe reste pourtant abstraite pour une grande partie de la population. Plusieurs n’étaient pas nés en 1970, tandis que les autres ont vu le vivant reculer année après année, assez lentement pour que chaque nouvelle perte finisse par s’intégrer au décor.

Pour un enfant né aujourd’hui, ce monde amputé constitue le point de départ. Des forêts plus silencieuses, des océans appauvris et un climat déstabilisé deviennent sa normalité, puis un monde encore plus dégradé risque de devenir celle de ses propres enfants.

Voilà toute la puissance du syndrome de la ligne de base changeante. La dégradation avance par petits reculs successifs jusqu’à transformer l’exception d’hier en normalité d’aujourd’hui.

Nous apprenons ainsi à vivre avec moins de biodiversité, moins de stabilité climatique, moins de qualité, moins de sécurité économique et moins d’espoir collectif. Puis nous habillons cette régression de mots rassurants comme adaptation ou résilience.

Dans nos conférences, nous entendons régulièrement que l’humanité s’est toujours adaptée et continuera de le faire. Cette croyance transforme facilement l’accoutumance à la dégradation en vertu et permet d’accepter chaque recul comme une nouvelle condition de départ.

Le même phénomène ronge notre économie. Nos infrastructures vieillissent, les services publics et privés se dégradent, la qualité recule, les produits durent moins longtemps, le surendettement devient structurel et les inégalités continuent de se creuser.

À force de vivre avec ces fissures, nous finissons par les intégrer à nos attentes. Chaque recul abaisse la référence et prépare l’acceptation du suivant.

Chez Coboom, nous choisissons une autre trajectoire. Nous voulons regarder la dégradation en face, mesurer ce qui a été perdu et reconstruire nos ambitions à partir de ce que nous voulons préserver pour les prochaines générations.

Les arts martiaux enseignent qu’une posture uniquement défensive finit par épuiser. Une stratégie robuste consiste à reprendre l’initiative, protéger ce qui compte et agir avant que les marges de manœuvre disparaissent.

La trajectoire est exigeante et elle est claire. Elle consiste à réduire drastiquement notre consommation d’énergie et de matières, collectivement comme individuellement, tout en protégeant les écosystèmes et toutes les formes de vie dont notre économie dépend.

Nous pouvons continuer à abaisser notre ligne de base jusqu’à trouver l’appauvrissement normal, ou choisir de relever nos ambitions. Chez Coboom, notre direction tient en quelques mots : « Moins de consommation, plus de vie et de sens. »