Les personnes qui lisent nos billets, assistent à nos conférences ou travaillent avec Coboom nous disent presque toujours la même chose : nos propos dérangent. Nous le savons et nous l’assumons, parce qu’une partie des idées que nous défendons repose sur des constats scientifiques qui se trouvent encore largement hors de la fenêtre d’Overton.
La fenêtre d’Overton représente l’ensemble des idées qu’une société juge acceptables à un moment donné. Elle définit ce que nous sommes prêts à entendre sans trop ébranler nos croyances, nos habitudes, nos intérêts et notre confort. Elle mesure l’acceptabilité sociale d’une idée, jamais sa véracité.
Aujourd’hui, défendre une croissance infinie sur une planète finie demeure parfaitement acceptable dans les mondes politique, économique et médiatique. Encourager la surconsommation l’est tout autant, même lorsque les besoins matériels d’une grande partie de la population sont largement comblés et que notre consommation de ressources dépasse déjà ce que les écosystèmes peuvent régénérer.
La techno-idolâtrie bénéficie du même confort intellectuel. Chaque nouvelle contrainte appelle une nouvelle technologie miracle qui permettra de poursuivre exactement la même trajectoire. Aujourd’hui, nous misons sur l’IA et la capture du carbone. Hier, nous empilions les ERP, CRM et autres acronymes censés régler nos problèmes. Demain, une nouvelle solution viendra promettre de sauver le modèle précédent.
Nous préférons ainsi empiler les fausses bonnes solutions plutôt que changer de logique. Pendant ce temps, sept des neuf limites planétaires qui soutiennent la stabilité du système terrestre sont déjà franchies. La physique avance, même lorsque le débat public regarde ailleurs.
Expliquer que certains secteurs devront ralentir, se transformer radicalement ou disparaître sous l’effet de dizaines de tendances lourdes déjà à l’œuvre provoque presque toujours les mêmes réactions : Fight, combattre; Flight, fuir; Freeze, figer. Plus un constat menace un modèle d’affaires, un investissement, une carrière ou une conviction profondément ancrée, plus la réaction devient forte.
Chez Coboom, notre responsabilité consiste précisément à aller là où ça dérange. Lorsque nous questionnons un objectif de croissance, un investissement ou un grand projet, nous mettons les faits, les tendances lourdes et les contraintes biophysiques sur la table. La science exige de considérer l’ensemble des faits, y compris ceux qui contredisent nos croyances et rendent nos décisions inconfortables.
Depuis plus de 50 ans, les scientifiques documentent des risques majeurs que nos sociétés repoussent continuellement dans l’avenir. Cette inertie explique pourquoi nous assumons le rôle du mouton noir : expliquer la métacrise, remettre en question les dogmes économiques et dénoncer les fausses bonnes solutions, y compris lorsqu’elles sont financées par des fonds publics et applaudies par les grands médias.
Notre mission est de bâtir un monde plus robuste pour les sept prochaines générations. Pour y arriver, nous cherchons volontairement à déplacer la fenêtre d’Overton, parce que les transformations nécessaires commencent souvent exactement là où le confort s’arrête.




