Depuis janvier 2025, nous avons échangé avec des centaines de dirigeant·e·s d’entreprise et d’acteur·trice·s économiques partout au Québec. Une impression revient constamment : une forme de fragilité face à un climat d’incertitude devenu presque permanent.
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis a accentué cette incertitude, notamment sur le plan commercial. La Banque du Canada constatait déjà au début de 2025 que l’imprévisibilité entourant les tarifs américains compliquait directement les décisions d’investissement et d’embauche des entreprises canadiennes. Dans ce contexte, plusieurs entreprises ainsi que des organisations publiques et parapubliques ont adopté une posture attentiste : embauches gelées, projets reportés, investissements suspendus. On attend de voir comment évolueront les tarifs. On attend de voir si la croissance repartira.
Attendre est humain, mais cette posture comporte un risque important : laisser des décisions externes déterminer une trop grande partie de notre trajectoire. Peu importe les décisions prises à Washington, elles ne modifieront pas à elles seules les grandes tendances économiques, démographiques, environnementales, géopolitiques et technologiques qui transforment déjà les États-Unis, le Canada, la Chine et l’économie mondiale.
Des auteurs comme Arnold Toynbee et Ray Dalio ont proposé des lectures différentes des cycles de montée, de transformation et de déclin des grandes puissances. Toynbee insistait notamment sur la capacité des sociétés à répondre aux défis auxquels elles sont confrontées plutôt que sur une mécanique historique strictement déterministe. Ces grilles de lecture peuvent être discutées, mais elles nous rappellent une chose essentielle : l’instabilité actuelle dépasse largement une administration, une élection ou un cycle économique.
Ce que nous vivons ressemble davantage à une période de transformations structurelles où plusieurs tensions se renforcent mutuellement. Les pressions économiques, sociales, environnementales, géopolitiques et technologiques ne disparaîtront probablement pas toutes en même temps. Attendre le retour d’un environnement parfaitement stable risque donc de nous faire attendre longtemps.
Dans ce contexte, nous observons deux postures. La première consiste à réduire la voile, préserver l’existant et attendre que la situation redevienne plus prévisible. La seconde consiste à ajuster le cap, tester de nouveaux modèles d’affaires, réduire certaines dépendances et ouvrir de nouvelles trajectoires malgré l’incertitude.
Pour nous, la vraie question devient alors beaucoup plus concrète : qu’est-ce qui nous empêche aujourd’hui de prendre les décisions importantes pour l’avenir de nos entreprises et de nos organisations ?




